Oran, ville portuaire et berceau du raï depuis les années 1920. — Photo d'illustration.
À écouter
Cheikha Rimitti, la grand-mère du raï · Cheb Khaled, qui l'a porté à l'international · Soolking, qui mélange aujourd'hui raï, rap et reggaeton · DJ Blacko, le remixeur d'Oran qui modernise le genre.
À Oran, le raï a une nouvelle jeunesse — et elle parle plusieurs langues
Le raï est né à Oran dans les années 1920, dans les cabarets et les nuits chaudes de cette ville portuaire que ses habitants surnommaient autrefois la petite Paris. Il s'est nourri de tout ce qui passait par là : musiques arabes, espagnoles, françaises, juives. Il a grandi dans la marge, parlant sans détour de ce que la société préférait taire — l'amour, la solitude, l'argent qui manque, le verre qu'on s'autorise.
On l'a cru fini plusieurs fois. Censuré sous le régime de la jeune Algérie indépendante, qui le trouvait trop libre. Pourchassé pendant la décennie noire des années 90, qui a coûté la vie à plusieurs de ses voix, dont Cheb Hasni, assassiné en 1994 dans son propre quartier d'Oran. Délaissé ensuite, à mesure que ses stars s'exilaient en France et que la génération suivante semblait préférer le rap américain.
Et pourtant. En 2026, le raï vit l'une de ses renaissances les plus inattendues. Une nouvelle génération d'artistes — algériens, marocains, franco-maghrébins — l'a remixé avec la trap, l'électro, le reggae, le R&B. Soolking, fils d'Alger, vend des concerts dans des salles d'Europe entières. DJ Blacko, originaire d'Oran, repasse les vieux titres dans des productions modernes que les adolescents de Tunis et de Marseille écoutent en boucle. Le raï-trap est devenu un genre à part entière, exporté, étudié, copié.
Ce qui frappe le plus, c'est la fidélité. Les jeunes artistes ne font pas table rase. Ils citent Cheikha Rimitti, ils samplent Cheb Hasni, ils intègrent des éléments de chaabi et de musique kabyle. Le raï d'aujourd'hui n'est pas un raï qui aurait oublié son histoire. C'est un raï qui a décidé que cette histoire pouvait encore parler à des oreilles que les anciens cheikhs n'auraient jamais imaginées.
C'est peut-être la meilleure preuve qu'une musique n'appartient pas à ceux qui l'ont créée. Elle appartient à ceux qui la prolongent.
Source · GQ Middle East · Music Custodian · Février-mars 2026