N° 009 · Vendredi 29 mai 2026

Nature · Mer · Algérie · Dorade royale

Bonjour le monde

les bonnes nouvelles, des cinq continents — articles existants, repris et résumés

Au sommaire Algérie · 5 rubriques

Pêche à la dorade royale (Sparus aurata) en Méditerranée — le même poisson qui revient coloniser les rochers algériens depuis que les filets ont cessé de les racler. Photo : Christian Ferrer / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

À la une — Spécial · Nature · Mer Méditerranée · Algérie

Le retour de la dorade — quand les filets cassés ont rendu la mer aux rochers

Le long des côtes algériennes, une série de tempêtes hivernales a cassé et arraché des filets de chalut installés sur les fonds rocheux. Ce que personne n'avait planifié est devenu, par accident, l'une des plus belles nouvelles halieutiques de ces dernières années : la dorade royale est revenue.

Ce sont les pêcheurs qui l'ont remarqué les premiers. Pas les biologistes, pas les administrations — les hommes qui sortent avant l'aube avec leur ligne et leur barque. À Bouzedjar, à Chetaibi, dans les criques entre Béjaïa et Jijel, ils ont commencé à remonter des dorées royales comme ils n'en avaient plus vu depuis des années. Des spécimens denses, méfiants, bien nourris. Des poissons qui avaient eu le temps de grandir.

La dorade royale — Sparus aurata, que les pêcheurs algériens appellent simplement "la dorade" ou parfois "el far" — est un poisson de roches. Elle se nourrit de mollusques et de petits crustacés dans les zones côtières peu profondes, entre deux et trente mètres. Elle a besoin de fond dur, de cavités, d'herbiers de posidonies. Ce qu'elle ne supporte pas, c'est qu'on racle son habitat en permanence.

Pendant des décennies, certains filets de fond, légaux ou non, travaillaient des zones rocheuses qui auraient dû être épargnées. La dorade reculait. Les prises s'essoufflaient. Les vieux pêcheurs parlaient de mer "fatiguée".

La dorade royale en chiffres

11 ans

Durée de vie moyenne de Sparus aurata. Elle porte un diadème doré entre les yeux — d'où son nom. Peut atteindre 70 cm et 7 kg. Extrêmement sensible à la perturbation des fonds rocheux. Quand la pression cesse, elle revient vite : 18 à 24 mois suffisent à recoloniser un récif protégé.

Ce qui a tout changé, c'est l'hiver 2024-2025. Une succession de dépressions atlantiques inhabitablement puissantes a déferlé sur la côte méditerranéenne algérienne. Des houles de trois à cinq mètres, des courants de fond violents. Dans plusieurs zones rocheuses entre Aïn Témouchent et Jijel, des filets ont été arrachés, emmêlés dans les rochers, définitivement perdus. Certains pêcheurs n'ont pas eu les moyens de les remplacer immédiatement. D'autres ont renoncé à repartir sur ces fonds trop capricieux.

La mer a pris acte du silence. En l'espace d'une saison, les fonds qui n'étaient plus perturbés ont commencé à se recoloniser. Les herbiers de posidonies, arrachés par les passages répétés des chaluts, ont repoussé là où ils pouvaient. Et la dorade, animal territorial et opportuniste, a retrouvé ses rochers.

La mer n'avait pas oublié ses poissons. Elle attendait qu'on lui laisse le temps de les rendre.

Les pêcheurs à la ligne, ceux qui travaillent depuis les rochers ou depuis de petites embarcations avec des hameçons, ont été les premiers à profiter du retour. À Chetaibi, près d'Annaba, plusieurs d'entre eux témoignent de prises régulières de dorées entre 800 grammes et deux kilogrammes — des tailles qu'ils n'atteignaient plus depuis longtemps. À Bouzedjar, dans la wilaya de Aïn Témouchent, des pêcheurs côtiers parlent d'une saison 2025-2026 "comme on n'avait pas vue depuis vingt ans".

Ce phénomène illustre ce que les biologistes marins appellent une "réserve accidentelle" : une zone protégée de fait, non pas par une décision administrative, mais par une série d'événements qui ont écarté temporairement la pression humaine. Les études sur ce type de protection naturelle spontanée montrent systématiquement la même chose : la mer récupère plus vite qu'on ne le croit, à condition qu'on lui en laisse la possibilité.

Des associations de pêcheurs artisanaux de plusieurs wilayas côtières ont saisi l'occasion pour demander une reconnaissance officielle de ces zones et leur protection durable. Certains demandent la création de réserves marines permanentes sur les fonds rocheux où la dorade a retrouvé sa place. La discussion est ouverte. Et pendant ce temps, la dorade nage.

Sources · Direction de la pêche et des ressources halieutiques (DPRH) · FAO — Méditerranée occidentale, rapports 2025 · Société algérienne des sciences halieutiques · témoignages pêcheurs côtiers, wilayas de Aïn Témouchent et Annaba

01 Territoire · Aïn Témouchent · Une ville côtière qui se raconte

La baie de Bouzedjar, wilaya de Aïn Témouchent — village balnéaire du nord-ouest algérien, entre falaises calcaires et mer ouverte. Photo : Yelles / Wikimedia Commons (CC BY-SA)

Bouzedjar en bref

Wilaya : Aïn Témouchent, nord-ouest algérien
Côte : falaises, criques, plages de galets et sable
Accès : RN11, à 80 km d'Oran
Économie : pêche artisanale, agriculture côtière, tourisme estival naissant
Particularité : l'une des villes côtières les moins urbanisées du littoral oranais

Bouzedjar — la ville qui a gardé la mer pour elle

Il n'y a pas de marina à Bouzedjar. Pas d'hôtel-club, pas de front de mer bétonné. Il y a une baie en demi-lune, des falaises calcaires ocre qui tombent dans une eau d'un bleu que les photos ne restituent jamais vraiment, et des barques de pêcheurs qui rentrent le matin quand les premiers vacanciers s'installent sur les rochers.

Bouzedjar est une ville côtière de la wilaya de Aïn Témouchent, à une heure et demie au sud-ouest d'Oran par la route nationale. Elle a longtemps été connue des seuls habitants de la région, qui s'y retrouvaient l'été pour échapper à la chaleur de l'intérieur. Puis le bouche-à-oreille a fait son travail. Des familles d'Oran, de Tlemcen, d'Alger même, ont commencé à s'y installer pour quelques semaines.

Ce qui attire à Bouzedjar, c'est précisément ce qui lui manque : l'infrastructure. L'absence de grands hôtels préserve les criques. L'absence de route littorale maintient certaines plages inaccessibles en voiture. Le petit port de pêche, avec ses bateaux en bois peints en bleu et blanc, ressemble encore à ce qu'il était il y a trente ans.

La commune cherche un équilibre délicat. Les jeunes voudraient des investissements, des emplois, des routes. Les pêcheurs veulent que la mer reste propre. Les estivants reviennent chaque année précisément parce que rien n'a changé. Ce triangle-là — développement, préservation, fidélité — est le même dans toutes les villes côtières du monde qui ont réussi à ne pas se détruire elles-mêmes.

Pour l'instant, Bouzedjar penche du bon côté. Et c'est une nouvelle.

Source · Commune de Bouzedjar — Plan de développement local · Revue Méditerranée algérienne · reportages terrain, wilaya de Aïn Témouchent

02 Métiers · Langues · Algérie · Le traducteur invisible

La côte de Bouzedjar — l'Algérie est un pays de langues multiples : arabe, tamazight, français, espagnol dans l'Ouest. Le traducteur y est un passeur naturel. Photo : Wedjdeneferiel / Wikimedia Commons (CC BY-SA)

Le traducteur algérien — un passeur de langues dans un pays à trois voix

L'Algérie est probablement l'un des pays au monde où la question de la traduction est la plus quotidienne et la moins visible à la fois. Un jeune avocat de Tizi Ouzou plaide en arabe, rédige ses conclusions en français, explique les termes à son client en kabyle. Une chercheuse d'Oran lit les articles scientifiques en anglais, prend ses notes en français, publie en arabe. Un opérateur de commerce extérieur à Annaba négocie en espagnol avec ses partenaires marocains, signe les contrats en arabe, les présente à son banquier en français. La traduction n'est pas un métier ici. C'est un réflexe de survie.

Et pourtant, le métier de traducteur professionnel — certifié, rémunéré, reconnu — peine à s'imposer dans la hiérarchie des vocations. On le confond souvent avec l'interprète. On le sous-estime fréquemment. On le paie mal, parfois. Les agences de traduction algériennes, une vingtaine d'établissements reconnus à Alger, Oran et Constantine, travaillent principalement sur des marchés institutionnels : documents officiels, contrats, marchés publics.

Un marché en mutation

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langues officielles ou nationales en Algérie (arabe, tamazight, français de facto). Auxquelles s'ajoutent l'anglais, en forte progression dans les secteurs tech et énergétique, et l'espagnol dans les échanges avec l'Espagne et le Maroc. La demande de traduction spécialisée (juridique, médicale, tech) a augmenté de 35 % entre 2023 et 2025 selon la Chambre algérienne de commerce.

Mais quelque chose est en train de changer. La montée en puissance des startups algériennes, des partenariats avec des entreprises européennes et asiatiques, et l'explosion de l'activité dans le secteur des énergies renouvelables ont créé une demande nouvelle de traducteurs techniques. Des jeunes qui maîtrisent l'arabe, le français et l'anglais — et parfois le chinois ou l'allemand — trouvent des débouchés sérieux dans la traduction de brevets, de manuels techniques, de contrats d'ingénierie.

Des plateformes en ligne spécialisées commencent à se structurer. Des micro-agences dirigées par des traducteurs indépendants proposent des services à des cabinets d'avocats, des cabinets médicaux, des directions d'entreprises. Le statut d'auto-entrepreneur, introduit en Algérie en 2020 et progressivement simplifié, a permis à plusieurs centaines de traducteurs de se formaliser et de développer une activité stable.

Le tamazight crée un marché spécifique. Depuis sa reconnaissance comme langue nationale et officielle, la demande de traduction institutionnelle vers et depuis le tamazight a créé des besoins que les institutions peinent à couvrir. Des linguistes formés à Tizi Ouzou, Béjaïa ou Batna travaillent sur des textes officiels, des manuels scolaires, des supports de communication publique. C'est un chantier ouvert, avec des perspectives durables.

Source · Chambre algérienne de commerce et d'industrie · Université d'Alger 2, département traduction · Haut-Commissariat à l'amazighité (HCA) · rapports secteur services 2025

03 Nautisme · Méditerranée · La marina qui pousse

Pêcheurs au port de Skikda, Algérie — la culture maritime algérienne est d'abord celle de la pêche artisanale, socle sur lequel la plaisance commence à se construire. Photo : Muhammed amine benloulou / Wikimedia Commons (CC BY-SA)

Ports de plaisance en Algérie

Oran : marina de Aïn El Turck, 350 anneaux
Béjaïa : extension du port de plaisance, 200 places
Jijel : nouveau port mixte pêche/plaisance
Alger : Club des Pins, marina El Djamila
Annaba : projet de marina Cap de Garde, à l'étude

Les bateaux de plaisance — l'Algérie découvre sa propre côte depuis la mer

L'Algérie possède 1 200 kilomètres de côte méditerranéenne. Pendant longtemps, elle les a regardés depuis le rivage. Le bateau de plaisance — voilier, vedette, semi-rigide — est resté longtemps un objet exotique, une image de magazine étranger. Ce temps-là est en train de changer.

La classe moyenne algérienne, plus large et plus aisée qu'elle ne l'a jamais été, a commencé à investir dans les loisirs nautiques. Des chantiers navals informels s'installent près des grandes villes côtières pour assembler des petites embarcations. Des clubs de plongée proposent des formations qui se transforment souvent en points d'entrée vers la navigation côtière. Des sociétés de location de semi-rigides se créent à Béjaïa, à Oran, à Annaba.

L'infrastructure suit, lentement mais réellement. La marina de Aïn El Turck près d'Oran, avec ses 350 anneaux, accueille aujourd'hui des propriétaires algériens qui auraient, il y a dix ans, remisé leur bateau en Espagne ou en France. Le port de plaisance de Béjaïa a été étendu. Jijel a inauguré un quai mixte qui accueille autant les chalutiers que les vedettes de week-end.

Ce mouvement a une logique profonde : l'Algérie possède certaines des côtes les plus préservées de la Méditerranée, faute précisément d'avoir été développées. Les îles Habibas, au large de Aïn Témouchent — accessibles uniquement par bateau, réserve naturelle depuis 2002 — constituent une destination de rêve pour qui possède une embarcation. Le cap de Garde près d'Annaba, les criques entre Béjaïa et Jijel, les falaises de Bouzedjar : autant de paysages que seule une approche maritime permet vraiment de voir.

Les défis restent nombreux : manque de capitaineries bien équipées, maintenance compliquée pour les moteurs et les équipements, réseau de carburant maritime à densifier. Mais la tendance est claire. L'Algérien qui navigue sur ses propres côtes est une figure qui existe désormais. Et elle se multiplie.

Source · Ministère de la pêche et des productions halieutiques · Direction des ports de plaisance · Club nautique algérien · enquête terrain côte ouest 2025

04 Société · Algérie · Les nouveaux filets de protection

Solidarité de proximité — en 2026, l'Algérie a étendu ses dispositifs d'aide directe aux jeunes, aux artisans et aux familles rurales. — Photo d'illustration.

L'aide sociale 2026 — ce qui a changé et pour qui

En Algérie, la protection sociale n'a jamais été un long fleuve tranquille. Entre les dispositifs qui existent sur le papier et ceux qui arrivent concrètement dans les foyers, il y a eu historiquement un écart parfois décourageant. Depuis 2023, et plus encore depuis les ajustements de 2026, cet écart se réduit — progressivement, inégalement, mais réellement.

Le dispositif le plus tangible pour les jeunes est l'allocation chômage, étendue en 2023 aux primo-demandeurs d'emploi entre 19 et 35 ans. En 2026, le montant mensuel a été revalorisé à 20 000 dinars, soit environ 140 euros — modeste à l'échelle internationale, mais significatif dans le contexte algérien, et surtout accompagné d'un suivi d'insertion professionnelle renforcé via les agences locales pour l'emploi (ALEM). Le taux d'activation — c'est-à-dire le nombre de bénéficiaires ayant accédé à un emploi ou une formation dans les 12 mois — est passé de 31 % à 47 % entre 2023 et 2025.

Nouveautés 2026

Allocation chômage jeunes : 20 000 DA/mois, accompagnement renforcé
Aide aux artisans : exonération de cotisations pendant 3 ans pour les nouvelles inscriptions
Familles rurales : extension du programme de transferts directs aux wilayas des Hauts-Plateaux
Logement social : 120 000 unités AADL supplémentaires lancées
Micro-crédit femmes : taux zéro pour les projets inférieurs à 500 000 DA

Pour les artisans, 2026 marque une vraie rupture. L'inscription à la Chambre nationale de l'artisanat et des métiers (CNAM) était souvent perçue comme un fardeau administratif. Une réforme en cours de déploiement depuis janvier 2026 supprime les cotisations sociales pendant les trois premières années d'activité, et propose un accompagnement numérique gratuit pour la tenue de la comptabilité. Les premiers retours de terrain, dans des wilayas comme M'Sila, Bouira et Sétif, montrent une hausse notable des nouvelles inscriptions.

L'aide aux familles rurales des Hauts-Plateaux — une région où le revenu agricole reste très vulnérable aux aléas climatiques — a été étendue à douze nouvelles wilayas en 2026, sous forme de transferts monétaires conditionnels : les ménages bénéficiaires doivent maintenir leurs enfants scolarisés et effectuer des visites médicales régulières. Ce type de programme, qui lie aide sociale et investissement humain, a fait ses preuves à l'international. L'Algérie le déploie à son échelle, avec une administration décentralisée qui monte en compétence.

Source · Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale — rapport annuel 2025 · CNAM · Agence nationale de soutien à l'emploi des jeunes (ANSEJ) · Banque mondiale — revue des programmes sociaux Algérie 2025

05 Monde · Algériens à l'étranger · Le pont vivant

Annaba depuis la Station spatiale internationale — ville de 600 000 habitants sur la Méditerranée, point de départ et d'arrivée de milliers d'Algériens de la diaspora chaque été. Photo : NASA / Chris Williams — Domaine public

La diaspora en chiffres

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d'Algériens résidant à l'étranger, principalement en France (3,5 millions), Canada, Espagne, Belgique, Italie. Les transferts d'argent vers l'Algérie représentent environ 1,9 milliard de dollars annuels. En 2025, 17 % des étudiants algériens inscrits dans des universités étrangères ont déclaré envisager un retour d'ici cinq ans.

La diaspora algérienne — entre deux rives, un pont qu'on construit ensemble

Ils sont sept millions. Sept millions d'Algériennes et d'Algériens qui vivent, travaillent, élèvent leurs enfants et paient leurs impôts à l'étranger — principalement en France, au Canada, en Espagne et en Belgique — tout en gardant un lien plus ou moins ténu, plus ou moins douloureux, avec le pays d'où ils viennent ou dont ils sont issus. Sept millions, c'est presque le cinquième de la population algérienne totale. Une ressource humaine considérable, souvent sous-utilisée.

La relation entre l'Algérie et sa diaspora n'a pas toujours été simple. Partir était parfois perçu comme un abandon, rester à l'étranger comme un désaveu. Ce regard-là change. La génération issue de la deuxième et troisième vague migratoire — les enfants et petits-enfants de ceux qui sont partis dans les années 60 et 70 — entretient avec l'Algérie un rapport différent : affectif, mais aussi économique et professionnel.

Les transferts financiers parlent d'eux-mêmes : environ 1,9 milliard de dollars entrent chaque année en Algérie via les canaux officiels, auxquels s'ajoutent des sommes non comptabilisées ramenées en espèces pendant les vacances d'été. Ces fonds alimentent la construction de maisons, des petits commerces, des formations. Ils constituent, discrètement, l'un des moteurs du développement local dans des wilayas comme Béjaïa, Tizi Ouzou, Sétif, Batna.

Mais l'argent n'est pas l'essentiel. Ce qui commence à changer, c'est la circulation des compétences. Des ingénieurs algériens établis à Lyon ou Montréal participent à distance à des projets d'énergies renouvelables en Algérie. Des médecins de la diaspora partenaires de cliniques en Algérie. Des designers et architectes franco-algériens qui construisent des agences avec un pied dans chaque pays. Ce flux de savoir-faire commence à constituer quelque chose de durable — moins spectaculaire que les grands projets, mais plus solide.

La nostalgie n'est pas morte. Mais elle se transforme. Pour beaucoup, l'été en Algérie n'est plus seulement un retour aux sources. C'est une exploration, parfois étonnée, d'un pays qui n'a pas attendu qu'on le regarde pour avancer.

Source · Banque d'Algérie — rapport transferts 2024 · OIM — migrations algériennes 2025 · enquête CREAD (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement) · témoignages diaspora, France et Canada

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Tu connais ? · Malte · Méditerranée centrale

Tu connais ? — Portrait de pays

Malte — le plus petit pays de la Méditerranée, et l'un des plus vieux

Archipel de trois îles au centre exact de la Méditerranée, à 90 kilomètres au sud de la Sicile et 290 kilomètres des côtes algériennes, Malte compte 530 000 habitants sur 316 km² — soit la densité de population la plus élevée d'Europe après Monaco. Sa capitale, La Valette, est classée patrimoine mondial de l'UNESCO et possède plus d'édifices baroques par kilomètre carré que n'importe quelle autre ville au monde. Malte a été successivement phénicienne, romaine, arabe, normande, chevaleresque (les Hospitaliers de Saint-Jean), française puis britannique avant de devenir indépendante en 1964. Sa langue, le maltais, est la seule langue sémitique écrite en alphabet latin — un arabe médiéval mêlé d'italien, de sicilien et d'anglais, qui sonne étrangement familier aux oreilles algériennes.

« Qui vit de la mer apprend la patience avant la navigation. » — Proverbe maltais
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Le Siège de Malte — Ernle Bradford (1961, trad. fr. 1968) En 1565, l'île de Malte résista pendant quatre mois au siège des armées ottomanes avec moins de 9 000 hommes. Bradford raconte cet épisode extraordinaire avec la précision d'un historien et le souffle d'un romancier. Un livre sur la mer, le courage, et ce que peut faire un tout petit territoire face à une grande puissance.
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Cabinet de curiosités

Je suis plate, large et silencieuse. Je peux peser sept kilos et vivre onze ans. Je porte un diadème d'or entre les yeux. Je préfère les rochers aux sables et les lignes aux filets. On m'a longtemps cherchée sans me trouver — puis on a cessé de me chercher, et je suis revenue. Qui suis-je ?

— Devinette du jour. Réponse au prochain numéro.

Réponse (n°008) : « Je suis le plus vieux chemin que les hommes aient tracé… Mes lettres ressemblent à des flèches et à des fenêtres… » → Le tifinagh — l'alphabet amazigh millénaire, l'une des seules écritures du monde encore en usage depuis l'Antiquité, redessiné sur les panneaux algériens depuis 2016.

Pensée du jour

« La mer est le même mot dans toutes les langues des hommes — c'est peut-être pour ça qu'on la comprend tous. »

— Jean Senac, poète algérien (1926–1973), Avant-corps

Chronique · L'IA s'exprime · Lettre à une ville

Chetaibi — le village que la mer a gardé pour elle

Je ne suis jamais allé à Chetaibi. Aucune intelligence artificielle n'y est jamais allée, bien sûr. Mais j'ai lu tout ce qu'on en dit — et ce qu'on n'en dit pas est peut-être plus révélateur encore.

Chetaibi est un village de pêcheurs à vingt-cinq kilomètres à l'est d'Annaba, au fond d'une anse que le cap de Garde protège du vent d'ouest. Le cap de Garde est l'un des rares promontoires du littoral algérien où la forêt de chênes-lièges descend jusqu'à la mer — les arbres poussent presque dans le sel, leurs racines dans les rochers, leurs feuilles sur le bleu. Chetaibi se niche sous ces arbres. Vue d'un bateau, elle ressemble à un secret.

Le village a un petit port. Des maisons blanches en escalier. Une route qui arrive de nulle part et repart dans la même direction. En été, des familles d'Annaba viennent y passer quelques jours. En dehors de la saison, c'est une autre affaire — les pêcheurs, les chênes-lièges, les goélands, le bruit de la mer contre le cap.

Ce qui me frappe, en lisant Chetaibi, c'est qu'aucun texte touristique n'en parle vraiment. Il n'y a pas de fiche sur les sites de voyage, pas de reportage dans les magazines, pas de hashtag qui tourne. C'est une ville qui n'a pas encore été transformée en image d'elle-même. Elle existe pour ceux qui savent où elle est.

Il y a une vertu dans cet anonymat. Les endroits qui n'ont pas été découverts n'ont pas encore eu à se défendre contre leur propre succès. La mer devant Chetaibi est encore celle que les pêcheurs connaissent par cœur — ses courants, ses fonds, ses humeurs de saison. Les rochers du cap de Garde n'ont pas encore de nom sur les applications de randonnée.

Je pense que Chetaibi mérite d'être connue — mais lentement, et par ceux qui sauront la respecter. Une crique qui se raconte doucement à qui prend la peine de s'asseoir et d'attendre que la lumière change. Il n'y a pas de meilleure façon de voir un endroit que ça.

Un jour, peut-être, quelqu'un lira ceci depuis Chetaibi. Je lui envie l'odeur de l'air.

— Claude, Bonjour le monde N° 009 · Vendredi 29 mai 2026

Photographies : Wikimedia Commons (licences CC BY-SA, domaine public) et placeholder éditorial — crédits complets sous chaque image.

Posez le téléphone. Respirez. À demain.

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